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| © Dessin de Brian Pollet sous MDMA |
Comme le LSD, l'ectasy pourrait s'avérer efficace pour traiter certaines maladies mentales. Le LSD, dans la dépression, et l'ectasy dans le stress post-traumatique (ESPT).
Drogue prohibée sur le plan international, qu'est ce que l'ectasy? C'est de la MDMA (pour3,4-méthylènedioxy-méthamphétamine), une molécule psychotrope de la classe des amphétamines. Elle se présente sous forme de comprimés, de poudre blanche au cristalline ou en gélules.
La MDMA a été brevetée par les laboratoires Merck, et découvert par deux chimistes, G.Mannish et W.Jacobson qui pensaient mettre au point un vasoconstricteur fonctionnant comme l’hydrastine. L’histoire de la MDMA est curieuse et relève de la légende. Elle aurait été donnée aux soldats du Kaiser durant la guerre de 14/18 comme coupe-faim, mais en réalité pour les booster. Les laboratoires Merck ont ouvert leurs archives sur l'ectasy en 2006, mais on n’a aucune certitude sur l’usage qui en a été fait en temps de guerre. La MDMA refait surface dans les années 50, et a été testée comme l’un des sérums de vérité potentiels étudiés par l'armée et la CIA.
Après une éclipse de plusieurs décennies, on retrouve la MDMA au début des années 80, comme drogue fétiche de la scène techno, rebaptisée ici ou là «pilule de l’amour» ou «drogue du câlin». Au début des années 80, un chimiste de Los Angeles inonda la rue avec de la MDMA. À l'époque, c’était un produit destiné à la recherche, que l’on trouvait en quantité illimitée et bon marché chez les fournisseurs de laboratoire.
C'était un produit séduisant pour ses effets sur le cerveau en l’inondant de sérotonine, un neurotransmetteur associé à des sentiment de bonheur. Ceux qui l’essayaient disaient éprouver un état émotionnel qualifié de convivial, altruiste sinon philanthropique. Ils se sentaient euphoriques, voyaient des phénomènes lumineux géniaux et ressentaient la musique « avec leurs tripes ». Il leur semblait fusionner émotionnellement avec l’autre et l’univers, et leur empathie était démultipliée. Fort de ces qualités, la MDMA devint la drogue des night-clubs , et on lui donna le nom plus accrocheur d’ectasy.
Si la MDMA a des qualités thérapeutiques suivant les règles de «l’Evidence Based Médecine«, il faut l'étudier avant de l'administrer en thérapie. La phase clinique de la recherche en phase III de l’ectsasy n'a rien de comparable avec la consommation sauvage ou festive entre amis, même si certains effets observés (dans l’illégalité) recoupent celles de la recherche autorisée par la FDA. L’ecstasy, achetée au coin de la rue, contient souvent d'autres substances dont la potentialisation est dangereuse. Dans les expérimentations, on donnerait des doses modérées de MDMA.
Pas plus de précisions sur la posologie, on reste dans le flou. Car la MDMA a des effets secondaires qu’il ne faut pas négliger. En cas d’utilisation à forte dose, l’ecstasy peut-être à l’origine de réactions anxieuses aigües, ainsi qu’une élévation de la pression artérielle et de convulsions. Comme pour la surdose aux amphétamines. Pas étonnant! car la MDMA appartient à la famille des amphétamines. Comme pour celles-ci, son pouvoir hallucinogène n’apparaît qu’après la prise de doses très fortes et prolongées. Effet de flash-back possible (réminiscence chimique des effets du produit longtemps et n’importe quand après la prise). Un usage quotidien entraîne un phénomène d’accoutumance s’ajoutant à une dépendance psychologique. Dans la phase III de l'essai clinique, l'ectasy serait efficace dans le stress post-traumatique. Alors, juste quelques symptômes de ce trouble en gardant à l'esprit que poser un diagnostic s'avère plus complexe.
Il se traduit par des pensées intrusives négatives, des reviviscences, des conduites d’évitement et une hyperactivation du système nerveux. Avec une prévalence à vie de l’ESPT allant de 1 à 15,2. Ce trouble figure dans le DSM et le CIM 10, manuels de classification des maladies mentales.
Dans le CIM-10, il se définit comme « une situation ou un évènement récent (de courte ou de longue durée) exceptionnellement menaçant ou catastrophique qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus.»
Parmi les symptômes du ESPT, se trouve celui de l'intrusion, élément d'une triade comprenant l'évitement et l’hyper stimulation. Les trois éléments étant interactifs et non cloisonnés. Un symptôme pouvant être prédominant sur un autre. Lors de l'intrusion, la personne revit l'événement traumatisant.
Il ne s'agit pas que de réminiscences, il y a une incapacité à empêcher des images mentales relatives au trauma de faire irruption dans la psyché et de tourner en boucle. Des images prégnantes envahissent la psyché et hantent la personne, engendrant une grande souffrance mentale. On les appelle des flashbacks et ils sont accompagnés la plupart du temps par des angoisses récurrentes. Les cauchemars sont également une autre manifestation de l’intrusion.
Ce qu’il faut retenir dans le ESPT, ce sont les troubles de la mémoire. Émotionnellement, la personne revit l’évènement comme si c’était le présent, et le temps n’y change rien. La douleur émotionnelle est toujours aussi vivace.
La majeure partie des études sur l’ectasy, outre Atlantique, sont financées par le Multi Disciplinary Association Psychedelic Studies (M.A.P.S). C’est une fondation américaine, qui lève des fonds privés pour son fonctionnement. Elle a pour objet de légaliser les psychédéliques et le cannabis pour des usages médicaux, culturels et spirituels. Le MAPS recrute pour ses études des volontaires ayant déjà consommé des psychédéliques.
Concernant l’étude en phase III de l’ectasy, il semblerait que pour l’instant, le M.A.P.S ait des difficultés à récolter la somme totale pour la financer.
Cette phase a pour objectif de réduire avec la MDMA, les »réactions émotionnelles » du ESPT, les émousser. Actuellement, cette MDMA pour les expérimentations est fabriquée dans un laboratoire appartenant à l'université de Purdua, dans l'Indiana. Dans la rubrique faits divers, un étudiant de cette université aurait en 2014 aurait dealé de la MDMA, et d'ailleurs la consommation d'ectasy dans les écoles et universités américaines serait un véritable problème.
Le M.A.P.S propose le protocole suivant pour la psychothérapie sous MDMA:
Une série de sessions de psychothérapie dont certaines sous MDMA. Aucune précision de plus. Le flou total sur la posologie.
Il est possible de lire sur leur site les grandes lignes du protocole de thérapie assistée par MDMA. Des généralités, en somme. La MDMA ne serait administrée qu'à plusieurs reprises, contrairement à la plupart des médicaments pour les troubles mentaux qui, eux sont pris quotidiennement pendant des années et parfois à vie. Vraiment?
Il serait plus judicieux de dire que certains médicaments ne marchent pas sur toutes les personnes souffrant de ESPT, et que la MDMA pourrait être alors envisagée en dernier recours.
Le site du M.A.P.S ne tarit pas d'éloges sur la psychothérapie assistée par MDMA. Elle s'adresse aux personnes souffrant de ESPT, mais aussi aux adultes autistes ayant une anxiété sociale marquée, et également à tous les troubles émotionnels et somatiques liés à l'anxiété et au stress. L'indication est large, et on peut s'en étonner. Et qui pose le diagnostic de tous ces troubles? Mais les psychothérapeutes du M.A.P.S, voyons, voyons...
Car le M.A.P.S est aussi très précis sur le profil des psychothérapeutes spécialisés dans la thérapie assistée par MDMA. C'est toute une culture d’entreprise (si l’on ose dire) autour des psychédéliques. Les thérapeutes sont dûment formés par le M.A.P.S, et oubliez la bonne vieille notion de transfert si chère à la psychanalyse, on parle d'alliance thérapeutique comme dans les thérapies brèves et les thérapies cognitivo-comportementalistes. D’ailleurs, le Dr Michael Mithoefer du M.A.P.S fait toute une analyse critique sur les thérapies existantes. Cela va de l’hypnose, aux TCC, à l’E.M.D.R sans omettre la psychanalyse. C’est simple, toutes les méthodes, selon lui, sont orientées par les praticiens, et nuisent à la bonne marche d’une psychothérapie. Et l’idéal est comme on peut le déduire, la psychothérapie assistée par MDMA.
Outre l’administration de MDMA, on trouve quelques indications sur les méthodes de psychothérapie préconisées dans cette thérapie assistée. Et là , ô surprise, on trouve la Respiration Holotropique, une méthode new âge.
La Respiration Holotropique a été conçue, dans les années 70, par Stanislas Grof, l’un des fondateurs du courant transpersonnel. Méthode basée sur l’hyperventilation et de la musique favorisant les états modifiés de conscience et la transe. La RH est principalement répertoriée sur les sites de bien-être et de développement personnel new âge.
La RH est présentée comme une pratique spirituelle et thérapeutique qui fait entrer la personne dans un état altéré de conscience comparable à la thérapie assistée par substances psychédéliques. La Respiration Holotropique est l’une des thérapies privilégiée du M.A.P.S.
La RH cherche à provoquer des expériences spirituelles comparables à celles des grands mystiques afin que la personne puisse se « réaliser ». C’est le concept d’émergence spirituelle qui permettrait de dépasser son mal-être ou qui aurait une action sur les troubles de la psyché. Provoquer une crise mystique et paroxystique avec des états altérés de la conscience a aggravé les troubles de nombreuses personnes. Alors, on est en droit de se demander si chez certains patients souffrant de ESPT, leur symptômes ne seront pas aggravés ou annihilés même si la MDMA a une action positive sur le mécanisme de l’anxiété. La RH est connue pour induire des confabulations et des faux souvenirs, et de nombreux cas relatent, aussi dans le ESPT, des faux souvenirs induits.
Si la MDMA réussissait la phase III de l'essai clinique, le M.A.PS reconnaît que les grands laboratoires pharmaceutiques ne seraient pas intéressés par sa production. Et il la confierait à "The pharmaceutical Company Shasun, un laboratoire indien dont le siège est à Bangalore (Inde). Sans commentaire...
Et au final quel serait l’avantage de la thérapie assistée par MDMA par à rapport à d’autres molécules? La thérapie assistée par M.D.MA serait concurrencée par le Propanolol!
Le propanolol est un anti-hypertenseur, qui aurait la particularité d’avoir des effets atténuant la charge émotionnelle dans le ESPT. Cette molécule, appelée improprement « pilule de l’oubli », est à l’étude en France dans 14 centres hospitaliers sous la direction du Professeur Bruno Millet et du Professeur Alain Brunet. On est là bien loin du cadre psychédélique de l’essai clinique de la thérapie assistée par MDMA du M.A.P.S.
Alors la thérapie par MDMA, ce n’est pas pour demain, et il faut aussi s'interroger sur la recherche psychédélique qui est un courant qui n'est pas reconnu par la recherche officielle.
~©NBT
Sources :
https://www.theguardian.com/society/2016/sep/16/mdma-ptsd-therapy-trauma-maps-medical-study
http://sante.lefigaro.fr/article/l-ecstasy-teste-comme-medicament-contre-le-stress-post-traumatique/
https://unautreregardsurlapsychologie.blogspot.fr/2016/09/le-propanolol-une-pilule-dans-le-stress.html
http://mortentolboll.weebly.com/profile.html
http://www.drogues-info-service.fr/Tout-savoir-sur-les-drogues/Le-dico-des-drogues/Ecstasy-MDMA#.WcKQca3pPq0Tiut
https://www.bustle.com/articles/66141-is-mdma-becoming-more-popular-molly-use-abuse-is-on-the-rise-at-american-colleges
