Tout est-il déterminé avant l’âge de 6 ans ? Et même
avant? Cette affirmation vous rappelle-t-elle quelque
chose ?
On l'a récemment entendu de la part d'un homme politique parlant de l'école. Mais qu'entend-on par cette expression? La personnalité de l’adulte se construit-elle vraiment durant les cinq premières années de sa vie, et parfois avant l'âge de trois ans?
"Tout se joue avant l’âge de 6 ans" est le titre d'un fameux best-seller écrit par le Dr Fitzhurgh Dodson. Cette idée s'est imposée comme une évidence psychologique auprès de nombreux parents, et de certains professionnels de la santé.
On l'a récemment entendu de la part d'un homme politique parlant de l'école. Mais qu'entend-on par cette expression? La personnalité de l’adulte se construit-elle vraiment durant les cinq premières années de sa vie, et parfois avant l'âge de trois ans?
"Tout se joue avant l’âge de 6 ans" est le titre d'un fameux best-seller écrit par le Dr Fitzhurgh Dodson. Cette idée s'est imposée comme une évidence psychologique auprès de nombreux parents, et de certains professionnels de la santé.
Ce livre est devenu une sorte de bible pour de nombreux parents, et des mères obnubilées par les progrès de leur enfant, dans cette étape du rôle maternel que Winnicott appelait "la préoccupation maternelle primaire ! La vision du "tout se joue avant six ans est très pessimiste, et s'inscrit dans la lignée du déterminisme psychologique suivant laquelle la vie psychique est totalement déterminée. Elle serait dépendante de ses antécédents, et ne comporterait aucune liberté. Pour F.Dodson, durant les cinq
premières années de sa vie, chaque enfant passe par les stades des acquisitions
fondamentales –marche, langage, propreté, socialisation, estime de soi-. Les
stimulations intellectuelles reçue au cours du développement de ces
acquisitions durant ces cinq premières années sont importantes pour son
intelligence adulte.
Le livre "Tout se joue avant six ans" date de 1970. Les neurosciences n’étaient
pas encore au goût du jour. Ce que l'on sait aujourd'hui, c'est que le développement cérébral n’est pas déterminé
uniquement par la génétique. Il est largement influencé par des facteurs
relationnels, affectifs et environnementaux. Les certitudes, mal interprétées
selon certains spécialistes, sont agaçantes !
La petite enfance est une
période très riche dans la vie, mais rien n’est jamais joué. Certains
apprentissages se font toute la vie, et l’environnement, les expériences de la
vie, les événements (heureux ou malheureux), les crises, les rencontres
influencent la personnalité de l’adulte. Bref, dans le fatum, il y a une part de hasard qui
fait que la vie réserve aussi des bonnes surprises.
Toutes les théories psychologiques sont d'accord pour dire que des relations affectives de qualité nouées dès l’enfance avec les parents, ou des
figures de substitution laissent une empreinte indélébile et essentielle, qui
influenceront les relations adultes. Évidemment! Un mauvais départ se répercute tout au long de la vie
d’adulte, et il y a les traumatismes de l’enfance comme la
maltraitance (sous toutes ses formes) qui laissent des empreintes post-traumatiques. Des chercheurs suisses de l’École polytechnique
fédérale de Lausanne sous la houlette de Carmen Sandi ont constaté que les blessures invisibles de l’enfance
laissent une empreinte biologique qui perdure dans le cerveau adulte.
L’équipe suisse a montré (chez des rats) que les
traumatismes chez l’enfant conduisaient à des comportements agressifs
visibles sur certaines zones du cerveau.
Comme l’altération du cortex orbitofrontal identiques à celles retrouvées chez
les humains violents. Cette connaissance sur les conséquences des
traumatismes a des implications médicales, mais également thérapeutiques et
sociales.
« Cette recherche montre que les personnes exposées
aux traumatismes dans l’enfance ne souffrent pas seulement sur le plan
psychologique mais elles subissent une réelle altération dans leur cerveau»
(Carmen Sandi).
La plupart des chercheurs en psychologie s’accordent
pour dire que les traumatismes de la petite enfance (ceux qui surviennent avant
l’âge de six ans) sont à l’origine de beaucoup de dépressions et de troubles
anxieux, et d’autres troubles. Une autre étude, celle de l’université de McGill de Montréal montre également que les abus et maltraitance laissent une empreinte chimique dans le cerveau. Il s’agit d’une modification de gènes dont l’enfant a
besoin a besoin pour se construire un système de défense contre le stress. Une
fois modifiée par l’expérience de l’abus sexuel, ces gènes restent altérés toute
la vie, rendant les victimes plus vulnérables aux aléas de la vie.
Sans s’arrêter à des événements traumatisants extrêmes
(violence, abus sexuels abandon), les interactions destructrices et répétées
avec les adultes sont néfastes dans la construction de la personnalité. C’est du désamour et de l’atteinte à l’estime de soi, ni plus ni
moins. On entend par désamour les humiliations répétées, le manque
d’affection et de compassion d’autrui, les négligences envers la santé mentale et
physique. Les inactions des parents sont également destructrices;
elles font douter de la valeur de l’enfant et entachent son estime de soi. Les encouragements prodigués par les adultes sont
essentiels à la sécurité affective et l’absence de retroaction positive est
extrêmement dommageable à l’estime de soi. Les parents ou les adultes ne sont pas les seuls acteurs des actions de démolition mentale.
Les enfants sont parfois cruels entre eux. L'ostracisme, l’exclusion, l’intimidation par les
autres enfants sont extrêmement traumatisantes pour un jeune enfant.
Même si le futur adulte est marqué au fer rouge par ses traumatismes, la vision déterministe où tout est joué durant l’enfance est catastrophique. Elle risque d'enfermer l'autre prisonnier de son passé, et de ne pas l'encourager à dépasser ses problèmes !
Freud, en son temps, avait souligné l'inégalité des réactions des patients à la névrose face à un même événement. Jung a parlé de cette notion du "Soi", ce noyau subtil de la personnalité qui peut aider à surmonter les épreuves. Le très
médiatique et contesté pédopsychiatre Marcel Rufo Rufo, prend le contre-pied de F.Dodson de cette fausse
croyance que « tout se joue avant six ans ».
La notion de résilience,
développée par Boris Cyrulnick, démonte ce déterminisme, et est est une
formidable leçon d’optimisme où tout est possible à tout âge! La résilience, c’est cette capacité à rebondir, et à
reprendre le développement positif de sa vie après l’adversité.
Il n’y a pas de fatalité au malheur. « Les enfants qui ont connu la violence, l'abandon, l'orphelinat, la misère ou encore la guerre seront des enfants blessés et des adultes blessés tout au long de leur vie. Mais ces enfants ne sont ni foutus, ni sans valeurs (Boris Cyrulnick).»
Les deux périodes pendant lesquelles se mettent en place les processus de résilience sont d'une part, la période qui précède l'acquisition du langage où l'enfant se façonne, se " tricote " avec la propre histoire de ses parents. D'autre part, la période qui sur l'acquisition du langage, où l'enfant acquiert la possibilité de se représenter son passé et son avenir et donc de donner un sens à sa vie et ainsi d'agir en la métamorphosant.
Il n’y a pas de fatalité au malheur. « Les enfants qui ont connu la violence, l'abandon, l'orphelinat, la misère ou encore la guerre seront des enfants blessés et des adultes blessés tout au long de leur vie. Mais ces enfants ne sont ni foutus, ni sans valeurs (Boris Cyrulnick).»
Les deux périodes pendant lesquelles se mettent en place les processus de résilience sont d'une part, la période qui précède l'acquisition du langage où l'enfant se façonne, se " tricote " avec la propre histoire de ses parents. D'autre part, la période qui sur l'acquisition du langage, où l'enfant acquiert la possibilité de se représenter son passé et son avenir et donc de donner un sens à sa vie et ainsi d'agir en la métamorphosant.
Conclusion : tout ne
se passe pas avant six ans, ni même à trois ans ! On peut à tout âge revivre, et la résilience
marche toute la vie, et jusqu’à 120 ans…
Sources:
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2013/01/17/003-traumatisme-enfance-violence.shtml
Boris-Cyrulnik Les-vilains petits canards
Sources:
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2013/01/17/003-traumatisme-enfance-violence.shtml
Boris-Cyrulnik Les-vilains petits canards
