mardi 14 juin 2016

LA JUNK SCIENCE, UNE GRANDE MASCARADE!





La pseudo science avance masquée. Nous ne sommes pas toujours critiques face à la multiplication des études qualifiées de scientifiques sur des thèmes à forte connotation idéologique, et publiées dans la presse grand public. Nous les prenons comme des vérités. Ors, beaucoup de ces publications sont de la "Junk Science". Dans son article publié dans l'hebdomadaire Marianne, "Les ravages de la science fast-food", la journaliste Clotilde Cazu lui consacre un article

L’anglicisme de Junk Science désigne une pseudo science aux fins d’intérêt idéologique ou commercial pour donner une valeur scientifique à ce qui n’en a pas. C’est un trompe-l’œil qui égare le plus averti d’entre nous, et qui est de la  désinformation, un travestissement sur les véritables avancées des connaissances scientifiques. Le champ de la santé et des psychothérapies est  particulièrement visé par la Junk Science. 

Le think-tank américain "Capital Resarch" évoque une étude qui illustre la Junk Science: « Au printemps dernier, le Docteur Johan Bohannon et une équipe de scientifiques allemands ont publié cette merveilleuse découverte que les personnes mises au régime à faible teneur en glucides pourraient perdre du poids plus rapidement si elles  mangeaient une barre de chocolat par jour.»

Cette information a de quoi réjouir les amateurs de chocolat, et fit le buzz dans le monde entier. Chouette, maigrir par le chocolat, ça c’est un régime sympa !
Le journal Bild, journal au plus fort tirage d’Europe avait obtenu la publication d’un rapport intitulé "Maigrir par le chocolat", sous la houlette de "l’Institut du Régime et de la Santé". Seulement voilà, cette étude était bidon et l’institut une pure invention.

Le journaliste John Bohannon, s’était auréolé du titre de médecin pour l’occasion, et avait sciemment berné la presse experte et grand public afin de démontrer l’absence de sens critique face à des données scientifiques. Son article a été publié dans une revue scientifique moyennant la somme 600 € de droits d’entrée avant de faire la Une de Bild. La consécration populaire ! 
Son étude, il l’a bien menée avec des barres chocolatées mais avec une méthodologie bidon, reposant sur l’aléatoire. Tout l’esprit de la Junk Science! Si l’étude de Bohannon était bidon, son projet était louable. Il voulait pointer les faiblesses des publications scientifiques.

Déjà en 2013, John Bohannon avait  soumis, à plus de 300 revues en libre accès sur Internet, une étude sur une  nouvelle molécule anticancéreuse. Elle était volontairement truffée d’erreurs grossières. « La moitié d’entre elles avaient retenu ses écrits et seules une trentaine lui avaient demandé de corriger certains points.» (Clotilde Cadu). Inquiétant, non? 

Le professeur Mark Tonelli, professeur à l’université de Washington, a lui aussi, imaginé une étude fictive sur la vertu des "bisous" des mamans déposés sur les bobos de leur enfant, avec en conclusion qu'ils ne servaient strictement à à rien. L’étude était réalisée dans le cadre du "Smack Study of Maternal and Child Kissing". Les ficelles étaient vraiment grosses, et il employa même le terme de "bobos" au lieu de blessures, et aussi de « smack » (pour « bisou »). Il affirma sans sourciller que cette étude avait porté sur 943 enfants exposés à des petits traumatismes (brûlure, une bosse au front, etc). 

Les enfants, ayant reçu des bisous sur leurs bobos, brailleraient plus longtemps que les enfants qui n’ont pas été consolé par leur maman.  
Mark Tonelli poussa le bouchon assez loin pour qu’un journaliste averti s’aperçoive de la supercherie. Le Smack Study était aussi une pure invention pour alerter sur la méthodologie des publications souvent biaisée, exagérée, approximative voire complètement falsifiée. Et bien, le très sérieux "Journal For Evaluation In Clinical Practice" la publia, pensa qu’elle était véridique. Et les médias américains scandalisés relayèrent l’étude "Smack" auprès de leur public. Des terminologies dignes d'un poisson d'avril! Ce canular passa comme une lettre à la poste auprès de scientifiques avertis, et là, c'est quand-même problématique!

Pierre Barthélémy du blog "passeur des sciences" dénonce l'absence de fiabilité des études scientifiques et les mauvaises pratiques; ses propos ont dérangé nombre de chercheurs. Il cite les auteurs d’un article sur les mésusages scientifiques, Ferric Fang, Grant Steen et Arturo Casade Vall. Ces chercheurs ont analysé les données Pubmed (base de données en langue anglaise des publications scientifiques officielles). Essentiellement dans les domaines de la recherche biologique et médicale. Rentrer dans les détails de cette étude serait long et ennuyeux pour le lecteur néophyte, mais elle en dit long.

Ces anecdotes montrent qu’il faut exercer son esprit critique et sceptique face aux données de la science. Elles ne sont pas toujours fiables.
D’abord, il y a la fraude (volontaire) qui constitue la cause principale des études bidon (avec 43, 4%). Outre la fraude, il y a aussi des erreurs de bonne foi qui font le lit des rétractations.
Dans le registre de la fraude, il y a celle du britannique Andrew Wakefield portant sur 12 cas d'enfants. Il a voulu montrer un lien entre le vaccin ROR (Rougeole-oreillons-rubéole) et l’autisme doublé d’un problème intestinal. Ce lien de cause à effet avait été inventé par Wakefield (à l’insu des co-auteurs), et il avait en plus pratiqué des examens lourds et pénibles chez ces jeunes enfants. En fait, cette fraude s’inscrivait dans le cadre d’une croisade anti-vaccin et cette étude relayée par des people avait engendré une baisse des vaccinations, causant la mort d'une dizaine d'enfants.

En 2004, une autre fraude médiatisée est celle du sud-coréen Hwang Woo-Suk. Il avait annoncé dans "Science" le clonage d’un embryon humain, et avait eu le culot de publier des photos truquées.

Alors pourquoi tant d’études qui ne sont pas valides sur le plan scientifique ?
Comment éviter de relayer de la Junk Science? Et comment développer son esprit critique face à la marée des études diverses dans tous les domaines, affirmant tout et son contraire?

Juste quelques pistes non exhaustives !
- L’esprit sceptique doit être de rigueur, et il faut s’interroger sur certaines données de l’étude, savoir si elles sont fiables (même si certains points méthodologiques sont biaisés), et par quel support, elles sont relayées.

-Les études sont-elles orientées pour coller à un programme politique, économique ou idéologique et sont-elles financées par des lobbys? 
Comme l’agro-alimentaire qui crée des fondations scientifiques, à leur botte, pour faire consommer leurs produits. Certaines margarines bourrés d'Omega-3 seront censées faire baisser le cholestérol! Et il y a la grande mascarade des alicaments sponsorisée par l'industrie agro-alimentaire.

La grande mode est aux produits sans gluten, le nouveau régime adopté par des célébrités comme Oprah Winfrey, Gwyneth Paltrow. Ce régime devient synonyme de bien-être, de minceur et de santé. Il est vrai que certaines personnes sont allergiques au gluten, mais dans ces cas là, un dépistage est demandé, et encore, il est difficile d'établir un diagnostic. C'est un concept pur marketing destiné à justifier le coût des produits sans gluten. 

Il ne faut pas être dupe des puissances en jeu. Ce fût le cas avec le lobby du tabac qui tenta de nier, il y a quelques décennies, le lien entre le cancer du poumon et la cigarette. Ils rémunèrent grassement des scientifiques pour assurer la controverse. Aujourd'hui, c'est plus difficile mais on peut se demander si certaines études sur l'innocuité de la cigarette électronique n'ont pas pris le relais! Est-ce vrai ou est-ce commandité par des fabricants de cigarette électronique? 

Parfois, le lecteur, pensant s’informer en toute bonne foi, tombe sur de la Junk Science. Celle-ci fonctionne sur un mécanisme binaire ou manichéen, en entretenant une désinformation scientifique indécelable pour qui ne connaît pas le BA BA de la méthodologie.

La Junk Science est à la science ce que la malbouffe est la nourriture. La pression de la publication serait selon certains chercheurs l’un des facteurs les plus puissants de la dégradation de la qualité de la science, la porte ouverte à la Junk-Science. Les intérêts carriéristes induisent la falsification des recherches.

Les conclusions d’une étude, et la façon dont elle sera relayée dans les médias sont pourvoyeuses de Junk Science ou pas. Une piste prometteuse, publiée dans une grande revue scientifique, peut être relayée sur le mode Junk Science ! 

Cela risque d’être le sort réservé à une étude parue en juin dans la revue médicale britannique "The Lancet Neurology". Elle porte sur des résultats prometteurs d’un essai clinique préliminaire  sur les vertus d’un composé du thé vert associé à une stimulation spécifique (groupe d’entrainement cognitif en neurosciences) améliorant les capacités intellectuelles de patients trisomiques. Notamment la mémoire de reconnaissance visuelle.

Réalisée par une équipe de chercheurs de Barcelone, l’étude a porté sur 84 patients trisomiques âgés de 16 à 34 ans. Essai en double aveugle avec administration d’un placebo à l’un des groupes tandis que l’autre recevait du EGCG. Les deux groupes ont pareillement suivi un programme de stimulation cérébrale.

Comment ce composé du thé vert fonctionne-t-il ?
Ce composant serait l’un des antioxydants du thé vert (EGCG) en raison de sa capacité potentielle à inhiber l’un des gènes présents dans le chromosome 21.
Cette étude a suscité l’intérêt des scientifiques qui se montrent prudents en soulignant les difficultés à mesurer les bénéfices intellectuels chez les patients. 
Le Dr Marie-Claude Potier de l’Institut du Cerveau (ICM) à Paris met en garde contre « toute automédication avec du thé vert car les différentes variétés contiennent de plus grande quantité différentes de la substance clé.»
Un article de Sciences et Avenir précise bien les réserves et la prudence des chercheurs face à cette étude préliminaire, et met un lien sur l'article original du Lancet. Et le journal évoque bien la stimulation spécifique adjointe à la prise de l’EGCG.

Relayé par l’auteure de ce blog sur les réseaux sociaux, avec des mises en garde sur les généralités qui font le lit de la Junk-Science, la piste prometteuse de cet essai dans le syndrome de Down est joyeusement tombée à la trappe.
La majorité des commentateurs se sont focalisés sur les bénéfices du thé vert pour la santé en général, pour tout le monde. Ce qui est ancré dans l’esprit est surtout l’image du breuvage que l’on boit, et non une éventuelle molécule dont un composant peut se révéler actif, soit à lui tout seul ou en adjuvant d’un autre protocole thérapeutique dans des indications précises. Mais inutile de rappeler le matraquage de la médecine alternative sur le bénéfice du thé vert à tout va, y compris sur les panneaux publicitaires qui ornent les devantures des grandes enseignes de thé.

La culture de l’immédiateté participe à la propagation des généralités de la Junk Science. L’effort du raisonnement scientifique n’en fait pas partie.
«En science, le fardeau de la preuve revient à celui qui affirme, et plus une affirmation est extraordinaire, plus grand est le fardeau de la preuve demandée (Marcello Truzzi).
©Nicole Bétrencourt

Sources: 
http://quebec.huffingtonpost.ca/2016/06/06/un-compose-de-the-vert-pourrait-ameliorer-letat-de-certains-trisomiques_n_10326488.html
https://www.contrepoints.org/2015/10/02/223903-quest-ce-que-la-junk-science
http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/10/03/la-fraude-scientifique-est-plus-repandue-recherche/
http://www.pnas.org/content/109/42/17028.abstract