La pseudo science avance masquée. Nous ne sommes pas toujours critiques face à la multiplication des études qualifiées de scientifiques sur des thèmes à forte connotation idéologique, et publiées dans
la presse grand public. Nous les prenons comme des vérités. Ors, beaucoup de ces publications sont de la "Junk Science". Dans son article publié dans l'hebdomadaire Marianne, "Les
ravages de la science fast-food", la journaliste Clotilde Cazu lui
consacre un article
L’anglicisme de Junk Science
désigne une pseudo science aux fins d’intérêt idéologique ou commercial pour
donner une valeur scientifique à ce qui n’en a pas. C’est un trompe-l’œil qui égare
le plus averti d’entre nous, et qui est de la désinformation, un travestissement sur les véritables avancées des
connaissances scientifiques. Le champ de la santé et des psychothérapies est particulièrement visé par la Junk Science.
Le think-tank américain "Capital Resarch" évoque une étude qui illustre la Junk Science: « Au printemps dernier, le Docteur
Johan Bohannon et une équipe de scientifiques allemands ont publié cette
merveilleuse découverte que les personnes mises au régime à faible teneur en
glucides pourraient perdre du poids plus rapidement si elles mangeaient une barre de chocolat par jour.»
Cette information a de quoi
réjouir les amateurs de chocolat, et fit le buzz dans le monde entier.
Chouette, maigrir par le chocolat, ça c’est un régime sympa !
Le journal Bild, journal au plus fort tirage d’Europe avait
obtenu la publication d’un rapport intitulé "Maigrir par le chocolat", sous la houlette de "l’Institut du Régime et de la Santé". Seulement
voilà, cette étude était bidon et l’institut une pure invention.
Le journaliste John Bohannon, s’était auréolé du titre de médecin pour l’occasion, et avait sciemment berné la presse
experte et grand public afin de démontrer l’absence de sens critique face à des
données scientifiques. Son article a été publié dans une revue scientifique
moyennant la somme 600 € de droits d’entrée avant de faire la Une de Bild. La
consécration populaire !
Son étude, il l’a bien menée avec des barres
chocolatées mais avec une méthodologie bidon, reposant sur l’aléatoire. Tout l’esprit
de la Junk Science! Si l’étude de Bohannon était bidon, son projet
était louable. Il voulait pointer les faiblesses des publications scientifiques.
Déjà en 2013, John Bohannon avait soumis, à plus de 300 revues en libre accès sur Internet, une étude sur une nouvelle molécule anticancéreuse. Elle était volontairement truffée d’erreurs grossières. « La
moitié d’entre elles avaient retenu ses écrits et seules une trentaine lui
avaient demandé de corriger certains points.» (Clotilde Cadu). Inquiétant, non?
Le professeur Mark Tonelli,
professeur à l’université de Washington, a lui aussi, imaginé une étude fictive
sur la vertu des "bisous" des mamans déposés sur les bobos de leur enfant, avec en conclusion qu'ils ne servaient strictement à à
rien. L’étude était réalisée dans le cadre du "Smack Study of Maternal
and Child Kissing". Les ficelles étaient vraiment grosses, et il employa même
le terme de "bobos" au lieu de blessures, et aussi de « smack » (pour « bisou »).
Il affirma sans sourciller que cette étude avait porté sur 943 enfants exposés
à des petits traumatismes (brûlure, une bosse au front, etc).
Les enfants, ayant reçu des bisous sur leurs bobos, brailleraient plus longtemps que les enfants qui n’ont pas été consolé par leur maman.
Les enfants, ayant reçu des bisous sur leurs bobos, brailleraient plus longtemps que les enfants qui n’ont pas été consolé par leur maman.
Mark Tonelli poussa le bouchon
assez loin pour qu’un journaliste averti s’aperçoive de la supercherie. Le
Smack Study était aussi une pure invention pour alerter sur la méthodologie des
publications souvent biaisée, exagérée, approximative voire complètement
falsifiée. Et bien, le très sérieux "Journal For Evaluation In Clinical
Practice" la publia, pensa qu’elle était véridique. Et les médias américains
scandalisés relayèrent l’étude "Smack" auprès de leur public. Des terminologies dignes d'un poisson d'avril! Ce canular passa comme une lettre à la poste auprès de scientifiques avertis, et là, c'est quand-même problématique!
Pierre Barthélémy du blog "passeur des sciences" dénonce l'absence de fiabilité des études scientifiques et les
mauvaises pratiques; ses propos ont dérangé nombre de chercheurs. Il cite les
auteurs d’un article sur les mésusages scientifiques, Ferric Fang, Grant Steen
et Arturo Casade Vall. Ces chercheurs ont analysé les données Pubmed (base de données en langue anglaise des publications scientifiques officielles). Essentiellement dans les domaines de
la recherche biologique et médicale. Rentrer dans les détails de cette étude
serait long et ennuyeux pour le lecteur néophyte, mais elle en dit long.
Ces anecdotes montrent qu’il faut exercer
son esprit critique et sceptique face aux données de la science. Elles ne sont
pas toujours fiables.
D’abord, il y a la fraude
(volontaire) qui constitue la cause principale des études bidon (avec 43, 4%). Outre la fraude, il y a aussi des erreurs de bonne foi qui font le lit des rétractations.
Dans le registre de la fraude, il y a celle du britannique Andrew
Wakefield portant sur 12 cas d'enfants. Il a voulu montrer un lien entre le vaccin ROR
(Rougeole-oreillons-rubéole) et l’autisme doublé d’un problème intestinal. Ce
lien de cause à effet avait été inventé par Wakefield (à l’insu des co-auteurs),
et il avait en plus pratiqué des examens
lourds et pénibles chez ces jeunes enfants. En fait, cette fraude s’inscrivait
dans le cadre d’une croisade anti-vaccin et cette étude relayée par des people avait engendré une baisse des vaccinations, causant la mort d'une dizaine d'enfants.
En 2004, une autre fraude médiatisée
est celle du sud-coréen Hwang Woo-Suk. Il avait annoncé dans "Science" le
clonage d’un embryon humain, et avait eu le culot de publier des photos
truquées.
Alors pourquoi tant d’études qui ne sont pas valides sur le plan scientifique ?
Comment éviter de relayer de la
Junk Science? Et comment développer son esprit critique face à la marée
des études diverses dans tous les domaines, affirmant tout et son
contraire?
Juste quelques pistes non
exhaustives !
- L’esprit sceptique doit être de
rigueur, et il faut s’interroger sur certaines données de l’étude, savoir si
elles sont fiables (même si certains points méthodologiques sont biaisés), et
par quel support, elles sont relayées.
-Les études sont-elles orientées pour coller à un programme politique, économique ou idéologique et sont-elles financées par des lobbys?
Comme l’agro-alimentaire qui crée des fondations scientifiques, à leur botte, pour faire consommer leurs produits. Certaines margarines bourrés d'Omega-3 seront censées faire baisser le cholestérol! Et il y a la grande mascarade des alicaments sponsorisée par l'industrie agro-alimentaire.
La grande mode est aux produits sans gluten, le nouveau régime adopté par des célébrités comme Oprah Winfrey, Gwyneth Paltrow. Ce régime devient synonyme de bien-être, de minceur et de santé. Il est vrai que certaines personnes sont allergiques au gluten, mais dans ces cas là, un dépistage est demandé, et encore, il est difficile d'établir un diagnostic. C'est un concept pur marketing destiné à justifier le coût des produits sans gluten.
Il ne faut
pas être dupe des puissances en jeu. Ce fût le cas avec le lobby du tabac qui
tenta de nier, il y a quelques décennies, le lien entre le cancer du poumon et
la cigarette. Ils rémunèrent grassement des scientifiques pour assurer la controverse. Aujourd'hui, c'est plus difficile mais on peut se demander si certaines études sur l'innocuité de la cigarette électronique n'ont pas pris le relais! Est-ce vrai ou est-ce commandité par des fabricants de cigarette électronique?
Parfois, le lecteur, pensant
s’informer en toute bonne foi, tombe sur de la Junk Science. Celle-ci fonctionne sur un mécanisme binaire ou manichéen, en entretenant une désinformation
scientifique indécelable pour qui ne connaît pas le BA BA de la méthodologie.
La Junk Science
est à la science ce que la malbouffe est
la nourriture. La pression de la publication serait selon certains chercheurs
l’un des facteurs les plus puissants de la dégradation de la qualité de la
science, la porte ouverte à la Junk-Science. Les intérêts carriéristes induisent la falsification des recherches.
Les
conclusions d’une étude, et la façon dont elle sera relayée dans les médias
sont pourvoyeuses de Junk Science ou pas. Une piste prometteuse, publiée dans une
grande revue scientifique, peut être relayée sur le mode
Junk Science !
Cela
risque d’être le sort réservé à une étude
parue en juin dans la revue médicale britannique "The Lancet Neurology".
Elle porte sur des résultats prometteurs d’un essai clinique préliminaire sur les vertus d’un composé du thé vert associé
à une stimulation spécifique (groupe d’entrainement cognitif en neurosciences) améliorant
les capacités intellectuelles de patients trisomiques. Notamment la mémoire de
reconnaissance visuelle.
Réalisée
par une équipe de chercheurs de Barcelone, l’étude a porté sur 84 patients
trisomiques âgés de 16 à 34 ans. Essai
en double aveugle avec administration d’un placebo à l’un des groupes tandis
que l’autre recevait du EGCG. Les deux groupes ont pareillement suivi un
programme de stimulation cérébrale.
Comment ce composé du thé vert fonctionne-t-il ?
Ce
composant serait l’un des antioxydants du thé vert (EGCG) en raison de sa capacité
potentielle à inhiber l’un des gènes
présents dans le chromosome 21.
Cette
étude a suscité l’intérêt des scientifiques qui se montrent prudents en
soulignant les difficultés à mesurer les bénéfices intellectuels chez les
patients.
Le Dr Marie-Claude Potier de l’Institut du Cerveau (ICM) à Paris met
en garde contre « toute automédication avec du thé vert car les
différentes variétés contiennent de plus grande quantité différentes de la
substance clé.»
Un article de Sciences et Avenir précise bien les réserves et la prudence des
chercheurs face à cette étude préliminaire, et met un lien sur l'article original du Lancet. Et le journal évoque bien la stimulation
spécifique adjointe à la prise de l’EGCG.
Relayé
par l’auteure de ce blog sur les réseaux sociaux, avec des mises en garde sur les généralités qui font
le lit de la Junk-Science, la piste prometteuse de cet
essai dans le syndrome de Down est joyeusement tombée à la trappe.
La
majorité des commentateurs se sont focalisés sur les bénéfices du thé vert pour la
santé en général, pour tout le monde. Ce qui est ancré dans l’esprit est
surtout l’image du breuvage que l’on
boit, et non une éventuelle molécule dont un composant peut se révéler actif,
soit à lui tout seul ou en adjuvant d’un autre protocole thérapeutique dans des indications précises. Mais inutile de rappeler le matraquage de la médecine alternative sur le bénéfice du thé vert à tout va, y compris sur les panneaux publicitaires qui ornent les devantures des grandes enseignes de thé.
La
culture de l’immédiateté participe à la propagation des généralités de la
Junk Science. L’effort du raisonnement scientifique n’en fait pas partie.
«En
science, le fardeau de la preuve revient à celui qui affirme, et plus une
affirmation est extraordinaire, plus grand est le fardeau de la preuve demandée
(Marcello Truzzi).
©Nicole Bétrencourt
©Nicole Bétrencourt
Sources:
http://quebec.huffingtonpost.ca/2016/06/06/un-compose-de-the-vert-pourrait-ameliorer-letat-de-certains-trisomiques_n_10326488.html
https://www.contrepoints.org/2015/10/02/223903-quest-ce-que-la-junk-science
http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/10/03/la-fraude-scientifique-est-plus-repandue-recherche/
http://www.pnas.org/content/109/42/17028.abstract
http://www.pnas.org/content/109/42/17028.abstract
