mercredi 19 avril 2017

EST-IL POSSIBLE DE CHANGER D'OPINION POLITIQUE ET D'INFLUENCER UN VOTE?

Les échéances électorales sont souvent l’occasion pour les scientifiques ou de publier des articles sur les opinions politiques et le comportement des électeurs.

Une récente étude californienne publiée dans la revue Nature, a montré que les opinions politiques sont celles qui changent le moins, et elles s’apparentent à des croyances religieuse.

Lorsque les opinons politiques sont remises en question, le cerveau déclenche une réaction de résistance comme s’il s’agissait d’une croyance religieuse.

Alors quel est le protocole de cette étude menée par l’Institut du Cerveau et Creative de Los Angeles ?
Les chercheurs ont recruté 40 volontaires américains se décrivant comme libéraux, et aux opinions politiques bien ancrées.

Lors de la première étape de l’étude californienne, les chercheurs ont soumis aux participants un questionnaire sur des thèmes évaluant leur force politique  sur une échelle de 1 (faible) à 7 points (fort).

Lors de la deuxième phase de l’étude, les volontaires sont installés dans un appareil IRM qui prend des clichés de leur cerveau en activité. On leur projette pendant 10 secondes l’une de leurs opinions politiques à laquelle ils adhèrent totalement, et pendant 10 autres secondes, on leur soumet 5 arguments contraires à leurs opinions politiques. Parmi ces arguments contraires à leurs croyances politiques, se sont glissées des allégations mensongères comme « la Russie possède deux fois plus d’armes nucléaires que les USA, ainsi que d’autres qui n’ont strictement rien à voir avec la politique.

À la fin de la session, l’opinion politique initiale est toujours présente.
« Nous pensons que les croyances politiques sont liées à l’identité», le chercheur conclut Jonas Kaplan qui a mené cette étude.

Alors que s’est-il passé dans le cerveau des volontaires ?
Lors de la lecture des contre-argumentaires, l’activité cérébrale augmentait dans une région qualifiée de « mode par défaut » associée au vagabondage mental et à l’introspection, et impliquée dans l’image de soi. L’insula et l’amygdale, deux régions clefs des émotions s’activaient davantage lors des contre arguments.

Ce serait donc le cerveau émotionnel et identitaire  qui serait impliqué dans les opinions politiques comme dans les croyances religieuses.
Jonas Kaplan avait avec précédemment étudié avec Sam Harris la base neuronale des croyances religieuses. Et dans cette étude, ce sont les deux zones du cerveau, « mode par défaut » qui s’étaient activées comme dans les opinions politiques

L’étude de Jonas Kaplan rejoint celle de Drew Wisten  de l’Univeristé d’Emory. Ce dernier n’avait onservé « aucune augmentation d’activité dans les zones cérébrales du raisonnement chez des participants analysant des arguments contraires à leurs convictions. » Il avait constaté une flexibilité cognitive par l’activation supérieure de leur cortex orbitofrontal.

Si les neurosciences peuvent lever un coin du voile sur les opinions politiques, la psychologie comportementale s’est livrée à quelques facéties concernant la couleur du papier des bulletins de vote.

Lors des élections du Congrès américain en 2007, les psychologues John Garner et Charles Brooks du King’s College en Pennsylvanie ont étudié très sérieusement la relation entre l'influence du vote par la couleur du papier des bulletins de vote.

Le choix d'un candidat serait influencé par la couleur du papier utilisé au cours de sa propagande écrite.

Le comportement des électeurs changerait suivant que la campagne écrite du candidat soit imprimée sur du papier rose ou bien sur du vert clair.

Cette dernière couleur s’avérerait déterminante lorsque les votants sont des hommes, et le rose lui le serait pour les femmes.

Le choix de la couleur du papier n'est pas seulement stratégique pour les électeurs mais le serait également suivant le sexe du candidat à l’élection. Les candidates auraient intérêt à imprimer leur programme sur du papier rose, couleur qui augmenterait leurs chances d’obtenir les votes des électeurs des deux sexes. 

En revanche, les candidats de sexe masculin obtiendraient les suffrages des électeurs des hommes et des femmes s’ils utilisent les deux couleurs. Le papier rose pour les électrices, et le vert pour les électeurs.  C’est à se demander si l'emblématique disparité entre homme et femme ne se réduit pas à des couleurs du papier reconnues pour influencer le vote des électeurs suivant leur sexe?

En tout cas, choisir du papier vert ou rose pour imprimer ses tracts à l'instar d'un papier peint pour des murs serait une manière inédite de faire campagne. 

Ce marketing politique inspiré par la science des comportements laisse-t-il la place au libre choix des votants ou est-il une forme de technique subliminale sujet à débat pour son éventuel caractère manipulatoire ? De quoi faire voir de toutes les couleurs aux électeurs car tout n’est pas rose pour eux et peut leur donner l'envie d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs.

©NBT

Sources
https://www.sciencesetavenir.fr/politique/le-cerveau-refuse-de-changer-d-opinion-politique_109310