dimanche 9 juillet 2017

LES SCIENCES HUMAINES FACE À L'ÉDUCATION ALIMENTAIRE.



«Pour votre santé, éviter de manger trop gras, trop sucré, trop salé», « pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes », qui ne connaisses messages sanitaires apposés au bas des publicités des produits de la grande distribution alimentaire. Ce matraquage impacte-t-il nos habitudes alimentaires?


C’est à douter du bien-fondé de ces messages-santé formulés sous forme d’injonctions lorsqu’on constate qu’en France, 46% des Français sont en en surpoids ou obèses, et qu’aux Etats-Unis, la surcharge pondérale concerne 62% des utilisateurs.

Mais peut-on modifier ses habitudes alimentaires ?

La modification des opinions sur le comportement alimentaire est une vieille question de la psychologie sociale.

Dans les années 40, les Etats-Unis sont en plein effort de guerre, et les denrées alimentaires sont rares. Le gouvernement américain demande à Kurt Lewin, psychologue spécialisé dans le comportementalisme et la psychologie sociale de régler un problème de changement des habitudes alimentaires. Les ménagères devant serrer les cordons de la bourse, ne cuisinaient plus aussi souvent des bonnes pièces de viande, et boudaient les abats, nettement moins chers.


Kurt Lewin réunit plusieurs femmes au foyer qu’il scinde en deux groupes.

Le premier groupe suit un cycle de conférences vantant les bienfaits nutritionnels des abats, les différentes recettes pour les cuisiner, et à la fin de ce cycle, un livre de recettes.

Le second groupe de ménagères suit, lui aussi, les mêmes conférences sur les abats.Mais après lui, une discussion est entamée pour savoir pourquoi elles sont réticentes à les consommer. À la fin de cette discussion, les ménagères prêtes à cuisiner de abats, doivent lever la main et s'engager publiquement à en cuisiner pour leur famille.

Une semaine plus tard, seules 10 % les ménagères ayant uniquement suivi le cycle de conférences ont cuisiné cuisiné des abats. Et dans le second groupe incluant une discussion, elles étaient 52%.


Une autre expérience de Kurt Lewin concerne l’introduction du jus d’orange dans l’alimentation des nourrissons. Les pédiatres organisaient des conférences dans les maternités en vantant les bienfaits du jus d’orange, mais sans grand succès. Une fois rentrées chez elle, les jeunes mères ne suivaient pas ces recommandations et alimentaient leur bébé traditionnellement. Elles étaient mises sous pression par leur mère ou d’autres femmes qui n'avaient de cesse de dénigrer les vertus du jus d’orange. Kurt Lewin eût alors l’idée de mettre en place des réunions par petits groupes réunissant un pédiatre, et à la fois des jeunes mères et d’autres femmes ayant changé les habitudes alimentaires de leur enfant en incluant le jus d’orange. Après plusieurs expériences de groupe, les jeunes mères étaient mieux armées pour résister aux critiques de leur entourage sur l’apport du jus d’orange chez l’enfant. Lewin fit d’autres expériences sur ce principe du groupe avec le lait–frais et en poudre- et l’huile de foie de morue.

Kurt Lewin va expliquer ces modifications alimentaires par la grande implication des femmes au foyer qui veulent changer d’habitudes alimentaires après en avoir discuté en groupe par :

-la sensation de liberté de décision.

-l’acte de décision qui signifie que personne est prête à agir, et qui annule ou réduit le choix de l’autre ou des autres alternatives comportementales.


-encourager subtilement l’expression publique des points de vue favorables à la modification du comportement souhaité.

Il y a un processus d’internalisation interne sur le plan cognitif ou pour faire plus simple, un dialogue intérieur qui permet le changement de comportement alimentaire:

«c’est à dire que ce que j’ai promis, devant le groupe, je me l’approprie, et donc d’une certaines manière, ce que j’ai promis dans le groupe devient ma promesse puisque j’ai internalisé cette promesse»(Fabien Girandola, psycho-sociologue).

Kurt Lewin démontra qu’il était possible de changer de comportement alimentaire en s’appuyant sur une expérience de groupe pour renforcer ses convictions personnelles.


Outre ces célèbres expériences, encore citées aujourd'hui, qui sont les BA BA de la psychologie sociale et des colloques sur l'éducation alimentaire et nutritionnelle, Kurt Lewin est le chef de file de la dynamique groupe, terme qu'il utilisa pour la première fois en 1944.


Le comportement individuel alimentaire est également étudié en psychologie. Surtout celui de l'enfant.


Dans les années 40, des nourrissons recueillis en orphelinat, ont été observés depuis leur sevrage jusqu’à l’âge de 1 an. À chaque repas, ils étaient libres de choisir entre plusieurs entrées, plats et desserts. On a constaté que les enfants libres de choisir les aliments présentaient un poids normal. Les enfants réguleraient mieux que les adultes les signes biologiques de la faim et de la satiété.


On leur a proposé alternativement deux déjeuners, l'un composé d’amuse-bouches en apéritif et l'autre, un repas classique (sans apéritif). Leurs consommations individuelles ont été enregistrées pour savoir les quantités ingérées variaient suivant le type de repas. Peu importe que les adultes aient pris ou non un repas composé de mets d’apéritif, ils mangent des quantités équivalentes pendant les repas. Au contraire des enfants qui vont moins manger s’ils ont pris avant le repas des amuse-gueules.


Ce qui confirme que les enfants savent réguler leur appétit entre les repas. Les adultes ne perçoivent pas le seuil de satiété comme les enfants car ils subissent l'impact d'une multitude de normes et de codes sociaux qui modifient leur perception subjective la faim. La convivialité, entre autres facteurs, peut les inciter à manger sans avoir faim.






Il aurait plusieurs types de tempéraments plus au moins réceptifs aux codes sociaux:


Une personne a une forte norme d’internalité quand elle sait reconnaître facilement les signes biologiques de la faim et de la satiété lorsqu’elle mange.

Au contraire d’autres personnes avec une forte norme d’externalité lorsqu’elles sont réceptives à la pression culturelle et sociale sur le contenu de leur assiette. Si on leur met sous les yeux les aliments qu’elles aiment, elles les consomment sans modération.


Ces normes d'intériorité renvoient à la notion de faim, et là, encore, ce n'est pas si simple. Il y a d'abord la notion de faim homéostatique qui permet de recevoir les signaux de son corps pour manger. ors, les dernières techniques d'imagerie cérébrale ont mis en évidence un autre mécanisme de la faim qui est celui de la "faim hédoniste".


Ces normes d'intériorité renvoient à la notion de faim, et là, encore ce n'est pas si simple. Il y a d'abord la notion de faim homéostatique qui permet de recevoir les signaux de son corps pour manger. Ors, les dernières techniques d'imagerie cérébrale ont mis en évidence un autre mécanisme de la faim qui est celui de la "faim hédoniste"


Concernant l'obésité ou le surpoids, Selon l’étude de L.Birch en 1994, il n’y a aucune corrélation entre le poids et ces notions de normes d’externalité citées précédemment.


Par contre, si les enfants ont "la sagesse du ventre" (Cerveau & Psycho), ils ne se tournent pas spontanément vers une alimentation équilibrée. Le jeune enfant serait spontanément attiré par les aliments gras et sucrés; ce qu’à tout à fait compris le neuromarketing de l’agroalimentaire qui s’appuie sur la psychologie. Les aliments préférés des enfants comprend le poisson pané, le steak haché, les pâtes, les fromages, la pizza, la pâte à tartiner, le ketchup et la mayonnaise. Pas vraiment diététique tout ça!


Il faut donc une éducation sensorielle niveau du goût, si l’on veut que l’enfant prenne l’habitude de manger sainement comme des légumes par exemple. Cette éducation sensorielle est empruntée au conditionnement (le vilain mot qui fait frémir les bien-pensants) qui va forger le goût le plaisir de manger les légumes.

Comment ça marche?


À partir de 18 mois/24 mois, l’enfant est néophobe : il hésite à goûter c’est qu’il est inconnu, et pour dépasser cette peur de la nouveauté, il faut utiliser un processus de familiarisation.


En 1982, Léon Birch et ses collègues ont appris à des enfants de 2 à 5 ans à aimer le tofu en leur faisant goûter 15 fois. Ce n'était pas gagné car dans le tofu, il y a une composante culturelle fortement marquée; cet aliment est d'origine asiatique.


Léon Birch a utilisé "l’effet de simple exposition" de Robert Zajonc, psychosociologue américain.


Cet effet se caractérise par une augmentation de la probabilité d’apprécier quelqu’un ou quelque chose, de développer un sentiment positif par la simple exposition répétée à cette personne ou cet objet.

Sans détailler les travaux de Robert Zajonc avec ses idéogrammes, l’application la plus courante de cet effet cognitif est celle de la publicité où l’on en vient être attiré par un objet sans jamais l’avoir essayé.

De nombreuses études montrent que le principe de consommation répété est le plus efficace pour développer les apprentissages alimentaires. L’éducation sensorielle ayant pour objectif de faire apprécier un certain type d’aliments est plus efficace que les conseils nutritionnels. L’enfant mange pas plaisir et ne se préoccupe pas des tableaux caloriques, s'il est en poids normal, évidemment.

Aujourd'hui, la consommation alimentaire est de plus en plus motivée par le plaisir.

Nos habitudes alimentaires sont impactées par le neuromarketing qui permet de décortiquer les réflexes cognitifs des consommateurs pour manipuler leurs choix.

Les perceptions gustatives sont remplacées par des croyances en de pseudo qualités, renforcées par la publicité omniprésente. Le neuromarketing appliqué à l’industrie agroalimentaire est redoutable pour le surpoids et l'obésité.


En 2012, deux psychologues allemands ont réalisé une expérience sur les sodas.

Leur recherche a été publiée dans la revue Plos One. L’étude s’est intéressée à l’effet grande marque dans la perception du goût.


Cinq cobayes volontaires ont accepté de noter quatre sodas différents à base de cola en fonction de leurs goûts.

Allongés dans un appareil IRM, ils voyaient apparaître un flash de ¼ de secondes indiquant la marque du soda à noter.





Sans surprise, c’est le Coca et le Pepsi qui ont eu les meilleures notes. Les aires du cerveau connues pour être celles du plaisir se sont activées sous I.R.M.


Ces résultats suggèrent que le cerveau s'attendait à ce que les sodas comme le Pepsi et le Coca soient les meilleurs. La référence à la marque suffit à supplanter le goût, et c'est visible sous IRM.


Nos choix alimentaires peuvent être également soumis à l'effet placebo marketing. Il existe réellement au niveau du prix et de la qualité du produit. On peut avoir tendance à préférer au niveau gustatif un aliment plus cher qu'un autre, et ce avec une composition identique.


En 2012, suivant une enquête réalisée par Ipsos-Logico Business, on s'est aperçu que l'obésité dans la tranches d'âge de 18/24 ans avait progressé de 35 % par rapport aux dernières années. Certaines habitudes de vie sont mises en cause. Ces jeunes mangent au moins une fois sur deux devant un écran. Un jeune sur trois ne fait pas de sport et un quart boit souvent des sodas au cours des repas.


Le rapport à l'alimentation traduit aussi la relation à soi et aux autres, et parfois l'alimentation peut révéler des blessures.

Outre les bonnes vieilles techniques de la psychologie sociale et campagnes de Santé publique, même si la psychanalyse n'est pas une technique pour soigner l'obésité, elle reste un outil précieux «… on essaye de savoir ce qui dans l'histoire de la personne fait qu'elle a un rapport désordonné à l'alimentation.» (Catherine Grangeard, psychologue et psychanalyste).


Sources:


http://www.alimentation-sante.org/wp-content/uploads/2011/07/Actes-2008-1.pdf


https://etudes.univ-rennes1.fr/master-biogest/themes/Synthese_bibliographique/sujets_2011_a_2013/Palatabilite-Frechot


http://www.magicmaman.com/,les-10-aliments-preferes-de-vos-enfants-a-la-loupe,81,1775947.asp

http://www.lemonde.fr/vous/article/2012/10/16/catherine-grangeard-l-alimentation-peut-reveler-des-blessures_1776065_3238.html