jeudi 22 septembre 2016

LE PROPANOLOL, PILULE MIRACLE POUR LE STRESS POST TRAUMATIQUE?




Après un attentat ou un événement traumatisant, de nombreuses victimes peuvent souffrir de stress post traumatique (ESPT) invalidant. Il se caractérise par des pensées intrusives négatives, des reviviscences, des conduites d’évitement et une hyperactivation du système nerveux. Avec une prévalence à vie de l’ESPT allant de 1 à 15,2. Ce trouble figure dans le DSM et le CIM 10, manuels de classification des maladies mentales.

Dans le CIM-10, il se définit comme « une situation ou un évènement récent (de courte ou de longue durée) exceptionnellement menaçant ou catastrophique qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus.» Ces blessures invisibles furent étudiées par la psychiatrie militaire d'abord en 14/18 sous divers noms comme le shellshock (syndrome de l'obusite), la névrose de guerre (Freud) et entra dans le DSM sous le nom de PTSD (Post Traumatic Stress Post Disorder pour définir les séquelles psychiques des vétérans de la guerre du Vietnam. Sous l'impulsion des féministes américaines, il est étendu aux victimes d'abus sexuels. Au grand dam des psychiatres militaires. Comme le souligne le Dr Christian Plotton qui dirige l'INI ( Institution Nationale des invalides ) qui accueille dans son service des blessés du Bataclan, « chez les soldats blessés en opération, le syndrome de stress-post traumatique est fréquent. Et pourtant, ils sont préparés à être confrontés à l'horreur. Mais là, il est quasi systématique.»


Après les attaques du Bataclan du 13 novembre 2015, le chercheur québécois, Alain Brunet, directeur de recherche à l’université McGIll (Montréal) a proposé son aide à la France pour tester sur 400 personnes un protocole thérapeutique à base de Propanolol qu'il connaît bien. Le propanolol est un bêta bloquant luttant contre l’hypertension mais il a cette particularité d'agir sur les récepteurs du cerveau impliqués dans le stockage du souvenir.


Actuellement, ce protocole innovant est expérimenté à la Pitié-Salpêtrière (AP/HP) dans le service du professeur de psychiatrie Bruno Millet. L’idée est de former une centaine de soignants sur des volontaires souffrant d’ESPT. L’efficacité de ce traitement sera comparé avec d’autres plus classiques incluant des antidépresseurs (souvent abandonnés pour leurs effets indésirables) et de psychothérapie.

Quelle est la méthodologie ?

La durée est de 6 séances de 10 minutes. Sous l’effet du Propanolol (à la dose de 1mg/kilo), le patient est invité à raconter son trauma. Le récit étant consigné, le patient peut le relire à haute voix.

La semaine d’après, le patient (toujours sous Propanolol) reprend le cours de sa narration là où il l’a laissé.
« Souvent entre la 4e et 6e séance, les patients déclarent que le texte ne correspond plus à ce qu’ils ressentent. Il n’y a plus de charge émotionnelle associée à la remémoration de (ou des) évènements.» (Stéphane Desmichelle pour Sciences et Avenir)
Mais peut-on véritablement gommer des souvenirs trop douloureux, surtout dans le cadre d'un événement traumatisant?

L’avenir nous le dira et il semblerait que les résultats de ce nouveau protocole importé en France soient prometteurs. Efficacité et rapidité dans la réduction des symptômes. Le professeur Brunet a du recul sur cette molécule car il a participé déjà à des expérimentations avec elle.

Retour en arrière. Il y a plus de 10 ans que le Propanolol est expérimenté outre-Atlantique dans le ESPT, et on savait d’après des essais cliniques concluants que certaines molécules prises après l'événement déclencheur stressant réduisaient les risques de ESPT, résistants aux traitement classiques. Il y a depuis plusieurs années que les chercheurs étaient déjà convaincus que de nouvelles générations de médicament permettraient d’éliminer les manifestations du ESPT. Pour les neuroscientifiques, le ESPT s’explique par un excès d’hormones de stress qui impriment le souvenir trop profondément dans le cerveau. Pour y remédier, le principe est de bloquer les effets de ces hormones pour éviter l’encodage pathologique du souvenir traumatique par l’amygdale hyperactivée. Car des mois et des années après l’événement, un son, une image, une odeur pourra réveiller la mémoire amygdalienne (la mémoire émotionnelle), laissant la personne en proie à ses terreurs.


Le Propanolol dans le ESPT ne date pas d'hier. Déjà, en 2002, dans le cadre d’une étude pilote réalisée au Massachusetts Hospital, publiée dans la revue Biological Psychiatrie, le Dr Roger Pitman avait sélectionné 19 patients ayant subi un récent un traumatisme.


Pendant 10 jours, ils vont recevoir soit du Propranolol, soit un placebo. Trois mois après, ceux qui avaient reçu du Propranolol ont eu moins de symptômes de stress que ceux ayant pris le placebo. Parfois le SSPT remonte à des années, et pour se rendre compte de l'efficacité de la "pilule de l'oubli" ainsi surnommée par les médias, Roger Pitman, Karim Nader et Alain Brunet (on le retrouve), ont recruté dans la région de Montréal une vingtaine de personnes ayant subi un traumatisme (mauvais traitement pendant l’enfance, agression sexuelle ou accident) remontant à vingt ou trente ans, et leur ont prescrit du Propranolol avec des résultats également probants.

Dès que les résultats furent publiés à cette époque, les médias ont surnommée improprement le Propanolol "pilule de l’oubli". Le but est n'est pas d’effacer les mauvais souvenirs de l’événement mais de diminuer leur charge émotionnelle, pour la rendre accessible aux thérapeutiques traditionnelles, psychothérapie et traitement psychiatrique. Seulement voilà, jusqu'où peut-on effacer les souvenirs pénibles et quel est le revers de la médaille?


Malgré les essais cliniques concluants, cette génération de médicaments suscite la controverse sur d'éventuels problèmes éthiques.


Le risque majeur serait qu’elle soit prise à tort à tort et à travers comme le sont les psychotropes, et que cette pilule de l'oubli devienne un substitut à tout échange verbal avec les acteurs de la santé ou avec son entourage. Et jusqu’où peut-on manipuler la mémoire chimiquement sans manipuler mentalement?

Évidemment, précisons que l'essai thérapeutique de la Pitié-SalPêtrière est au dessus de ces dérives éthiques.

Mais on peut s'interroger de savoir si un risque de False Memory Syndrome (Syndrome des faux souvenirs) peut souvenir, et d'ailleurs être partie intégrante du ESPT? Car le Propanolol modifie la conscience, et augmente le risque de faux souvenirs induits par une molécule modifiant la psyché.

Comment est-il possible de distinguer les vrais des faux souvenirs dans la narration? S'il est important de se souvenir pour se reconstruire, faut-il que ce soit sur des souvenirs réels et non sur des faux. Même si tout souvenir est une reconstruction de la réalité.

Et pour certains psychologues, émousser les émotions n'est pas la meilleure solution car les victimes du ESPT sont maintenues dans un état de dissociation entre leur vécu et la neutralité émotionnelle, ce qui rendrait difficile l’intégration de leur expérience, aussi pénible soit-elle. Ce qui signifie qu’ils sont en état altéré de conscience sur une longue période de temps.

ESPT ou autre trouble mental, retrouver la paix de l’esprit ne se réduit pas à avaler une pilule miracle. Maîtriser ses émotions n'est pas une simple affaire de molécules chimiques qui robotise notre part d'humanité. Bons ou mauvais, les souvenirs font partie intégrante de notre personnalité. En ce qui concerne le Propanolol, affaire à suivre.

NB:

Une partie de ce post avait été publié le 8 mai 2006 sur le site Exmed, et il a été réactualisé pour ce blog:

http://www.exmed.org/archives/circu447.html, sous le titre de Faut-il avaler cette pilule?

Sources:

http://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/20160413.OBS8437/syndrome-de-stress-post-traumatique-une-methode-pour-guerir.html


Sources:
Sciences et Avenir, Mai 2006, La pilule Anti-trauma, Elena Sender
Le Courrier International -no 800-2 mars 2006, Une pilule qui efface les mauvais souvenirs, Amkjha, The Guardian
Le Courrier International -no 709-3juin 2004, A-t-on le droit d?effacer les souvenirs pénibles, Steven Rose, The Guardian

http://www.institutdevictimologie.fr/trouble-psychotraumatique/espt_21.html