Le LSD (diéthylamide de l’acide lysergique) est associé au mouvement psychédélique. Il a été très consommé durant les années 60/70 et classé parmi les stupéfiants. C’est le plus puissant hallucinogène de synthèse. En dehors de son aspect récréatif, le LSD a fasciné les chercheurs qui n'ont de cesse de lui trouver des qualités originales pour traiter certains troubles psychiques. Jusqu'à présent, cela n'a rien donné, et le LSD est toujours une drogue prohibée. Récemment, certains articles de vulgarisation scientifique affirment que le LSD pourrait s’avérer efficace dans l’anxiété et la dépression. Et pourtant, pour prendre en charge ces troubles psychiques, on dispose déjà d'une large gamme de psychotropes (antidépresseur, anxiolytique et hypnotiques). Toujours associés à une psychothérapie.
Ce n'est pas la première fois que des chercheurs envisagent de traiter certains troubles mentaux avec du LSD. Et ce, dès sa découverte et sa commercialisation par les laboratoires Sandoz jusqu'à son interdiction en 1970.
Le LSD-25 a été découvert fortuitement, en 1943, par le chimiste Albert Hoffman qui travaillait pour le compte des laboratoires Sandoz. Il devait synthétiser des alcaloïdes à partir de l'ergot de seigle pour trouver de nouveaux médicaments. Plusieurs dérivés de l’acide lysergique étaient déjà utilisés en médecine, et les laboratoires Sandoz cherchaient de nouvelles molécules. Les indications ciblaient la migraine, l’hypotension orthostatique, les déficits cognitifs, neurosensoriels ou l'acuité visuelle.
Hoffman va découvrir accidentellement sur lui les propriétés hallucinogènes du LSD-25., et réitérer ses expériences hallucinogènes avec comme cobayes ses collègues des laboratoires Sandoz. Le chimiste est de plus en plus convaincu que le LSD-25 est une molécule révolutionnaire pour traiter certains troubles psychiatriques. Le brevet est déposé en 1947 par le laboratoires Sandoz en Suisse, et en 1948 aux États-Unis. Il sera commercialisé sous le nom de Delsyd.
Le LSD va susciter un fort engouement de la part de la communauté scientifique. Les laboratoires Sandoz distribuent à gogo l'hallucinogène à tous les médecins qui veulent l'essayer sur leurs patients. Même la CIA est de la partie. À la recherche d’un sérum de vérité, elle va faire prendre à des doses importantes le LSD à ses collègues, des militaires et des fonctionnaires. C'est pour dire si cet hallucinogène fascinait...
Entre 1947 et 1970, plus de 2700 publications scientifiques sur 40 000 cas vont être publiées à travers le monde. La moitié sur sa pharmacologie et l'autre sur ses effets psychiques.
La France va participer à ces expérimentations. Dans les années 50, l'équipe du Professeur Jean Delay au laboratoire de psychologie de l'hôpital Sainte-Anne va le tester dans les psychoses.
Le professeur Deniker de l’hôpital Sainte-Anne expérimente le LSD avec quelques uns de ses jeunes confrères et étudiants. Certains auront du mal à s’en remettre et l’un d’eux se suicidera.
Car l’expérience sous LSD est loi d’être récréative pour tout le monde, et dans le cadre scientifique, elle n’est pas non plus sans danger. La prise de l’hallucinogène n'est pas anodine. Le danger ne réside pas dans sa neurotoxicité mais sur des conséquences comportementales. Si les décès ne sont pas directement liés à la prise du LSD, on a observé des suicides et des comportements dangereux provoqués par les effets psychiques du LSD.
En 1947, le psychiatre suisse Werner Stoll essaye le LSD sur des patients schizophrènes et des personnes saines.
En 1951, va s’ouvrir la première clinique « LSD Clinic », où Donald Sandison y pratiqua la psychothérapie psycholitique. Harold Abramson, lui, mènera des cures de désintoxication.
Toujours la même année, le docteur Savage envisageait déjà le LSD dans le traitement de la dépression; trouble mental traité par LSD qui revient sur le devant de la scène aujourd’hui.
L'effet recherché avec ces expériences avec le LSD est à l’opposé de celui de la psychiatrie avec les antidépresseurs ou les psychotropes classiques. Le LSD ne soigne pas les troubles mentaux mais joue le rôle d'un catalyseur destiné à accélérer la psychothérapie.
À partir des années 50 jusqu'à son interdiction, Il y deux protocoles d’administration du LSD:
-La psychothérapie psycholitique et la psychothérapie psychédélique.
Les deux se distinguent par leur mode d’administration du LSD:
-Dans la thérapie psycholytique, le LSD est donné à petites doses durant plusieurs séances successives et à intervalles réguliers.
-Dans la thérapie psychédélique, c'est une dose unique de LSD, avec la recherche drecherchant d’une expérience spirituelle, mystique et religieuse susceptible de bouleverser la personnalité. D’ailleurs, cette dimension est incluse dans une vision holistique new âge du soin à l’opposé de la psychiatrie ou de la psychanalyse, et qui s'inspire directement de la contre culture!
-Le LSD sera largement utilisé dans le traitement des addictions, et particulièrement la dépendance à l’alcool. Récemment, des chercheurs norvégiens se sont penchés sur 6 études réalisées entre 1966 et 1970 portant sur plus de 500 personnes traitées par LSD pour leur addiction à l’alcool. L’idée originale est que pour traiter l’alcoolisme, il faut radicalement changer la perception que l’on a de soi. L’expérience intérieure, dans la droite ligne de la thérapie psychédélique. Une dose unique de LSD entraînerait un effet bénéfique sur la consommation d’alcool, laissant supposer qu’un effet plus durable serait obtenu par des prises régulières. Mais là encore rien de probant, et elles sont légion les molécules supposées être efficaces contre l’alcoolisme et, elles sont souvent sujettes à controverse. Le fameux Baclofène (un myorelaxant détourné de son usage) aujourd’hui n'y échappe pas.
L'interdiction du LSD, en 1970, n’empêche pas son exploration scientifique. Alors aujourd'hui, lorsqu'on parle de l'éventualité de prescrire du LSD dans le traitement de la dépression et de l’anxiété comme l’avait envisagé le Dr Savage en 1951, qu’en est-il ?
Une étude sur le LSD dans le traitement de la dépression et de l'anxiété est en cours, et aurait démarré au printemps dernier. Les résultats de son efficacité seront vérifiables sous IRM fonctionnelle (IRMf) pour connaître l'action du LSD administré à microdoses. Cette étude se fera sous la houlette du très sérieux Imperial College de Londres. C'est déjà ça! Ce qui semble séduisant à première vue, mais l‘arbre peut cacher la forêt. Pourquoi?
Ces travaux ne sont pas financés par des fonds publics qui coûtent au contribuable, mais par un appel à des dons privés lancés par la fondation Beckley. Quel est l’objet de cette fondation?
La spécialité du think-Tank Beckley est la recherche sur les psychoactifs, leur principe actif tout en diminuant les risques liés à leurs usages. À l'origine de la fondation Beckley, on trouve la chercheuse Amanda Fielding, convaincue comme Hoffman du potentiel thérapeutique du LSD (et des psychoactifs en général). C’est une militante de la réforme des politiques de lutte contre la prohibition des drogues et militante active de la légalisation du cannabis, notamment.
Outre son profond intérêt pour le LSD, il se trouve qu’Amanda Fielding vante les mérites de la trépanation. Cette opération (selon elle) aurait un effet positif prolongé sur l’amélioration de l’humeur, et de l’état de santé en général. Cette pratique est l’une des opérations chirurgicales les plus anciennes, et a été menée par de nombreuses civilisations sur presque tous les continents (Amérique du Sud, Europe néolithique). Souvent associée à la prise de drogues afin de «laisser partir les démons», et «laisser entrer la lumière». Spiritualité new âge, quand tu nous tiens!
La trépanation fut pratiquée en médecine sur des patients épileptiques ou atteints de troubles mentaux. Elle se pratique toujours aujourd'hui dans le but d'extraire des tumeurs, de nettoyer le cerveau d'une infection bactérienne. Bien loin de la conception d'Amanda Fielding, qui elle a une vocation psycho-spirituelle. Le lecteur appréciera suivant ses convictions, et ceux qui veulent une ouverture spirituelle pourront déposer une candidature auprès de la fondation Becley pour une trépanation à la mode néolithique pour chasser ses démons intérieurs!
La trépanation fut pratiquée en médecine sur des patients épileptiques ou atteints de troubles mentaux. Elle se pratique toujours aujourd'hui dans le but d'extraire des tumeurs, de nettoyer le cerveau d'une infection bactérienne. Bien loin de la conception d'Amanda Fielding, qui elle a une vocation psycho-spirituelle. Le lecteur appréciera suivant ses convictions, et ceux qui veulent une ouverture spirituelle pourront déposer une candidature auprès de la fondation Becley pour une trépanation à la mode néolithique pour chasser ses démons intérieurs!
Déjà, en 2014, aux fins de cette expérience du LSD dans l’anxiété et la dépression, les chercheurs de la fondation Beckley cherchaient des volontaires capables de prendre du LSD, ayant déjà consommé des hallucinogènes et de jouer au jeu de Go au nom de la science. Les volontaires devaient être passionnés du jeu de Go, être en bonne santé mentale et physique, et avoir plus de 18 ans. C'est un profil peu courant.
L'objectif de l'étude est d’administrer à une vingtaine de personnes un placebo ou des doses de 10, 20 ou 50 microgrammes de LSD, Puis de les observer sous IRM lorsqu'ils se livrent à des jeux d'exercice ou au jeu de GO. Là il s'agit de microdoses (comme dans l’approche psycholitique). En rappelant que pour obtenir l'effet hallucinogène du LSD, il faut prendre des doses supérieures à 75 microgrammes.
Cette étude de la fondation Beckley n'est pas la première du genre. Déjà, une équipe néo-zélandaise, canadienne américaine s’est penchée sur le mécanisme d'action du LSD sur le cerveau mais à la dose de 75 microgrammes, donc avec effets hallucinogènes.
Les résultats de cette étude ont été publiés en mars 2016 dans les Actes de l’Académie des Sciences des États-Unis. Sous LSD, comme l’a dit Cahart-Harris qui dirigeait l’étude avec le Pr David Nutt, les volontaires voyaient avec les yeux fermés comme s’ils étaient ouverts. L’IRM a montré que le cerveau semble s’éveiller comme ont pu le décrire de nombreux utilisateurs de LSD. Synesthésie ou illusion de l'esprit par suggestion induite?
Alors, cette nouvelle étude menée par la fondation Berckley sous la supervision de l’Imperial College of London suscite-elle l’adhésion de toute la communauté très faibles valeur scientifique!
L'enthousiasme n'est pas général!
Le Pr Torsten Passie, spécialiste, du LSD à la faculté de médecine de Hanovre, estime qu'il s'agit de «...témoignages anecdotiques de très faible valeur scientifique»
L'enthousiasme n'est pas général!
Le Pr Torsten Passie, spécialiste, du LSD à la faculté de médecine de Hanovre, estime qu'il s'agit de «...témoignages anecdotiques de très faible valeur scientifique»
Matthias Leicht, professeur de pharmacologie clinique à l’université de Bâle, se montre tout aussi réservé: « je ne peux pas dire si cela soit avantageux ou nuisible. En tout état de cause, le LSD a des effets psychologiques et aucun effet somatique. Cependant, les personnes présentant un risque de psychose, par exemple avec des parents souffrant de schizophrénie, risquent de développer des troubles psychotiques.»
Alors, le LSD, un nouveau médicament qui marche plus que les antidépresseurs et les psychotropes sur le marché, ce n’est pas pour demain!
Notes: Dans son usage récréatif, le LSD est connu sous divers noms: cide, buvard, ace, blotter, timbre. Ils se consomment essentiellement par voie orale, soit sous forme de buvards, ou liquide, capsules, comprimés, petits carrés de plastique ou de blocs de gélatine.
Sources:
http://sante.lefigaro.fr/article/le-lsd-pourrait-il-devenir-un-medicament-
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/petite-histoire-medicale-et-hallucinee-du-lsd_29129
https://www.vidal.fr/actualites/13435/derives_de_l_ergot_de_seigle_retrait_de_tous_les_lots_des_specialites_concernees/
http://sante.lefigaro.fr/article/le-lsd-pourrait-il-devenir-un-medicament-
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/petite-histoire-medicale-et-hallucinee-du-lsd_29129
https://www.vidal.fr/actualites/13435/derives_de_l_ergot_de_seigle_retrait_de_tous_les_lots_des_specialites_concernees/
