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Dans les années 60, le sociologue canadien Marshall
Macluhan constate que les médias agissent sur nos perceptions
sensorielles. Selon leur nature (radio, journaux, télévision), nos sens
réagissent différemment. Il faut les concevoir comme des extensions de nous-mêmes. Ainsi, le livre est le prolongement de l’œil, le téléphone et la
télévision sont celui du système nerveux. Les médias fournissent la substance
de la pensée, mais ils façonnent aussi les processus de la pensée. Ils agissent
sur nos cognitions.
Et qu’en-est-il de
l’internet et des réseaux sociaux qui se sont banalisés ?
Internet modifie indiscutablement sur nos circuits cérébraux. C’est ce que constate Nicholas Carr dans son essai "Google rend-il idiot?": «l’écran inonde littéralement notre cerveau, et ce des heures durant. Nous sous-estimons le temps que nous passons sur internet, nous sous-estimons la gymnastique cérébrale que cela demande. Et pour ma part, je suis persuadé que je ne pense pas de la même façon qu’avant.»
Internet modifie indiscutablement sur nos circuits cérébraux. C’est ce que constate Nicholas Carr dans son essai "Google rend-il idiot?": «l’écran inonde littéralement notre cerveau, et ce des heures durant. Nous sous-estimons le temps que nous passons sur internet, nous sous-estimons la gymnastique cérébrale que cela demande. Et pour ma part, je suis persuadé que je ne pense pas de la même façon qu’avant.»
Le psychiatre Serge
Tisseron rejoint sur ce point Nicholas Carr: «L’utilisation des médias
sociaux serait responsable de la diminution de la pensée réflexive quotidienne
ordinaire.»
Clay Shirky parle de "Social Media Fatigue". Plus que l'abondance d'informations qu'il faut dénoncer, c'est plutôt l'incapacité de notre cerveau à filtrer les informations. Il ne double pas de capacité tous les 18 mois comme les puces informatiques.
Clay Shirky parle de "Social Media Fatigue". Plus que l'abondance d'informations qu'il faut dénoncer, c'est plutôt l'incapacité de notre cerveau à filtrer les informations. Il ne double pas de capacité tous les 18 mois comme les puces informatiques.
Il n'y pas encore d’études
sur la façon dans l’utilisation d’Internet affecte certains de nos cognitions,
comment certaines aires de notre cerveau sont modifiées, si c’est en bien ou en mal, mais juste quelques données.
Devant un écran, c’est
l’œil qui est mis à contribution. Le temps de traitement d’une information
visuelle a augmenté de 30% sur un écran. Et il ne faut pas sous-estimer la
plasticité cérébrale, c’est à dire la capacité d’adaptation et de changement de
notre cerveau.
Internet et les réseaux
sociaux modifient notre façon de penser, de réagir et d’interagir avec l’autre,
et ils affectent en tout cas notre concentration. Plus on utilise le net, plus
on doit lutter pour rester concentré sur de longs morceaux d’écriture. Notre
pensée deviendrait-elle morcelée? Fragmentaire si notre pensée est moins
linéaire ?
Sans être un parfait Geek, nos
habitudes ont changé avec la banalisation de la Toile. Avant, les contenus
informatifs ou culturels étaient identifiables. Internet est un hypermédia
immédiatement accessible en quelques clics, et ses hyperliens renvooent un
écho sans fin d’informations à notre cerveau, jusqu’à saturation. À coté du
temps passé derrière les écrans, nous lisons moins de livres, nous n’envoyons plus
de courrier par la poste, et avec son corollaire, nous n’en recevons plus. Nous
consacrons une grande partie de notre lecture à des mails, SMS ou sur le net. Nicholas Carr insiste sur les effets délétères de
cette obésité de l’information : « là où le livre et la lecture profonde
nous enrichissaient, la fréquentation de l’hypermédia Internet nous affaiblit
en « éparpillant notre concentration » sur des choses les plus
souvent sans intérêt autre que, justement de nous distraire.»
Nous consommons des mots
dans un état de distraction du fait que notre cerveau est en mode multitâche,
et se met en mode paresseux. Lorsque nous lisons un livre, nous nous mettons
dans une situation passive, permettant à
l’esprit de se concentrer sur les mots, au lieu de voir constamment comme on le
fait sur le net, de zapper dès que l’on a lu trois lignes, tout ça pour
chercher s’il y en a de nouveaux, et peut-être des meilleurs, pensons nous dans
notre fond intérieur. Et les hyperliens sont des puits sans fond.
Or, notre cerveau n’est pas
multitâche, et c’est scientifiquement prouvé. Chacun des hémisphères ne peut traiter qu’une seule
tâche à la fois. On ne peut pas coordonner plus de deux activités à la fois. L’homme-orchestre
n’existe pas!
Mais qu’entend-on par tâche?
C’est un comportement maîtrisé et intentionnel qui nécessite de la concentration. Au moment d’exécuter la tâche, la personne doit avoir l’objectif de son geste. On n’entend pas par-là des automatismes, comme par exemple écouter la musique en bruit de fond en lisant un livre. Les deux supports ne sollicitent pas les mêmes sens. L’écriture est considérée comme une tâche unique. Lorsqu’on rajoute une tâche à une autre, au delà de trois, on est plus enclins aux erreurs et on est moins réactifs.
Mais qu’entend-on par tâche?
C’est un comportement maîtrisé et intentionnel qui nécessite de la concentration. Au moment d’exécuter la tâche, la personne doit avoir l’objectif de son geste. On n’entend pas par-là des automatismes, comme par exemple écouter la musique en bruit de fond en lisant un livre. Les deux supports ne sollicitent pas les mêmes sens. L’écriture est considérée comme une tâche unique. Lorsqu’on rajoute une tâche à une autre, au delà de trois, on est plus enclins aux erreurs et on est moins réactifs.
Le cerveau va prendre
l’habitude de compter sur les sollicitations perceptives, externes pour
relancer sa vigilance. On parle d’addictions au net et
aux réseaux sociaux. Sans aller jusqu'à l'addiction, chacun de nous peut ressentir une impression une appétence, comme si le cerveau avait besoin d'avaler sa dose de web ou de visite sur les réseaux sociaux. On est boulimique d'informations sur le mode compulsif, surtout sur les réseaux sociaux.
C’est souvent masqué pas des motivations inconscientes d’aller à la recherche d’informations susceptibles d’accroître nos connaissances, ou de rompre l’ennui ou la peur de se retrouver face à face avec soi. Ou bien est-ce une nouvelle forme de consumérisme contemporain qui fait que l’on consomme du net comme tout le reste. C’est souvent vrai, mais au fond de nous, acceptons que nous perdons du temps parfois à des futilités, et ils nous empêchent d’aller vaquer à d’autres occupations en dehors du monde virtuel.
Un mésusage du net encouragerait-il la proscrination? On peut s'interroger! En tout cas, c'est notre faculté d'attention qui en prend un coup. Et selon Michael S.Rosenwald qui a enquêté sur un phénomène qu'il a qualifié de "problème d'engagement", une certaine inquiétude grandit dans l'esprit de l'internaute dès lors que le message vient trop long.
C’est souvent masqué pas des motivations inconscientes d’aller à la recherche d’informations susceptibles d’accroître nos connaissances, ou de rompre l’ennui ou la peur de se retrouver face à face avec soi. Ou bien est-ce une nouvelle forme de consumérisme contemporain qui fait que l’on consomme du net comme tout le reste. C’est souvent vrai, mais au fond de nous, acceptons que nous perdons du temps parfois à des futilités, et ils nous empêchent d’aller vaquer à d’autres occupations en dehors du monde virtuel.
Un mésusage du net encouragerait-il la proscrination? On peut s'interroger! En tout cas, c'est notre faculté d'attention qui en prend un coup. Et selon Michael S.Rosenwald qui a enquêté sur un phénomène qu'il a qualifié de "problème d'engagement", une certaine inquiétude grandit dans l'esprit de l'internaute dès lors que le message vient trop long.
Et les réseaux sociaux? Suivent-ils les mêmes lois que la Toile? En partie, mais ils ont aussi leurs particularités. En moins de 10 ans, les
réseaux sociaux ont totalement modifié nos usages, nos interactions avec autrui. Ils font partie de notre inconscient collectif, et une partie de
notre socialisation passe par eux.
Nous y consacrons plusieurs heures par jour. Dar Meshi (Université de Berlin) a démontré que le noyau Acumbens est particulièrement activé chez les gros utilisateurs de Facebook. Cette zone agit comme un comparateur social, il est d’autant plus développé que nous nous connectons souvent sur ce réseau social. L’unité de mesure est le "LIKE", et qui constituent une forme monnaie d’échange affective sur Facebook, ou du moins de gratification sociale, et il vient s'intégrer dans ce que l'on nomme le circuit de récompense. Mais qu'y a-t-il de si plaisant à se comparer virtuellement à autrui. Peut-être par le fait que nous sommes des animaux sociaux, et que nous avons besoin des autres.
La qualité de nos
relations avec nos amis virtuels est-elle comparable à celle de nos amis dans
la vraie vie ?
Dunbar avait déterminé que
les êtres humains ne peuvent pas maintenir plus de 150 relations sociales.
Cette limite s’appliquerait aussi à la vie virtuelle. Les capacités de
socialisation ne sont donc pas décuplées sur Facebook. Il y a la fameuse
concurrence des égos, en sachant que contrairement à une rencontre physique où
l’on peut voir la gestuelle, les mimiques et entendre la voix de son
interlocuteur, les projections sont nombreuses. Ce mécanisme de défense qui attribue à autrui des idées et des affects (désagréables ou méconnus)
rend inévitable les biais de communication.
La Psychologie
des foules de Bon est applicable aux réseaux sociaux. Les Facebookiens peuvent
être assimilés à une foule, et se comporter comme telle sur de nombreux points.
Pour Bon, « la foule est un être dénuée d’intelligence, et qui par conséquent
n’élève pas les personnes la composant…Ça fait ressortir plein de mauvais
côtés…il y a un côté conquérant dans le fait d’avoir des personnes en groupe.
Ils vont avoir une espèce de supériorité
qu’ils vont se donner uniquement parce qu’ils sont plusieurs.»
Cet aspect des foules souligné par Bon s’explique par le caractère viral des échanges sur le net, les forums, les réseaux sociaux et les plate formes comme You Tube (ou autres).
Cet aspect des foules souligné par Bon s’explique par le caractère viral des échanges sur le net, les forums, les réseaux sociaux et les plate formes comme You Tube (ou autres).
Il y a une perte d’individualité
au profit d’une collectivité. Cette perte d’individualité est renforcée par
l’anonymat conforté avec les pseudonymes. On y observe la contagion des sentiments et des émotions, soit sur le versant positif (empathie, solidarité, gentillesse) ou soit négatif (haine, bashing et autres joyeusetés) qui touchent l'affect et l'émotionnel et peuvent bouleverser notre équilibre psychologique. On s'émeut lors de drames collectifs, et pour montrer son empathie, on crée des nouveaux rites collectifs en partageant des images symboliques correspondant à une célébration collective. C'est manifestement un nouveau mode de catharsis.
Si Internet est une source
de savoirs multiples, d’informations accessibles en quelques clics, il a aussi
son lot de désinformation et de propagation des rumeurs . L’irrationnel,
notamment le nihilisme rationnel peut induire en erreur nombre de ses
utilisateurs.
Tout comme la foule, les
membres d’un réseau social peuvent être extraordinairement influençables,
crédules est totalement dépourvus de sens critique. La désinformation devint alors un de risque majeur.
Les membres d'un réseau social peuvent être portés à tous les extrêmes, être influencés
par des excitations exagérées, et sans argument logiques que l’on peut observer sous forme de manichéisme ou de clivage.
« Un commencement d’antipathie devient aussitôt une haine féroce » (Le Bon). Cette foule virtuelle a aussi ses meneurs, et qui dans la vie réelle ne paieraient pas de mine.
« Un commencement d’antipathie devient aussitôt une haine féroce » (Le Bon). Cette foule virtuelle a aussi ses meneurs, et qui dans la vie réelle ne paieraient pas de mine.
Alors comment s’étonner que
certaines études parlent de la dépression Facebook. Une étude révèle que plus
les internautes utilisaient Facebook, plus ils étaient malheureux. Plusieurs
raisons à cela. D’abord la comparaison sociale, citée plus haut, faite de
compétition entre égos est source de déprime. Et également, le réseau social un
impact sur le moral car il peut couper du monde réel.
Partager ses états d’âme
via un statut, peut soulager si c’est occasionnel mais il peut aussi entretenir
le cercle vicieux des symptômes d’un mal-être plus profond qui dépasse le simple spleen, et être un épisode dépressif majeur.
Comme le souligne le
psychologue sociale Ethan Kops, «en surface, Facebook semble offrir une
ressource inestimable permettant de combler les demandes liens sociaux. Mais
plutôt que d’améliorer la sensation de bien-être, nous avons trouvé que l’utilisation de Facebook déclenche le
résultat opposé, il l’affaiblit. »
Les personnes sont exposées
à de nouveaux risques comme la diffamation ou le cyber harcèlement. «Le
caractère du cyber harcèlement se caractérise par la permanence des messages laissés
sur la Toile et qui peuvent être très difficiles parce qu’ils ont été partagés
des dizaines et des centaines de fois.», explique Grégory Michel, professeur de
psychologie clinique et de psychopathologie. Une victime sur deux ne connaît
pas son agresseur. Il est facile de créer un faux profil, et de se livrer au
lynchage. Il est plus difficile à cerner que le harcèlement moral. Ce cyber harcèlement
peut pousser des adolescents au suicide.
Côté modifications
cognitives suite à l’utilisation des réseaux sociaux, il n’y a pas d’études
mais le psychiatre Serge Tisseron la compare à celle des jeux-vidéos.
Alors si on se réfère à des études sur les jeux-vidéos, l’acuité et l’attention visuelles, la coordination visuo motrice
et la mémoire à court terme augmenteraient.
Les aspects sombres de l’internet et des réseaux sociaux sont indéniables, et il faut se centrer sur les qualités offertes par ce nouvel environnement. Le net développe les pratiques d’attention concentrée et éphémère, et il nous faut simplement développer en parallèle la pensée linéaire complexe qui peut pallier à la dispersion de l’attention et favoriser la pensée paresseuse constatée par divers chercheurs.
Les aspects sombres de l’internet et des réseaux sociaux sont indéniables, et il faut se centrer sur les qualités offertes par ce nouvel environnement. Le net développe les pratiques d’attention concentrée et éphémère, et il nous faut simplement développer en parallèle la pensée linéaire complexe qui peut pallier à la dispersion de l’attention et favoriser la pensée paresseuse constatée par divers chercheurs.
Après tout, restons
optimistes car notre conscience, et notre inconscient probablement sont adaptés au
changement. C'est ce que souligne, le philosophe évolutionniste Daniel.C. Dennett:
« La conscience humaine était faite pour le partage des idées –cela revient à
dire que l’interface utilisateur humaine a été créée par l’évolution tant
biologique que culturelle, et que son invention a répondu à une innovation
comportementale à l’activité consistant à communiquer des croyances et des
plans, et à comparer des notes. »
©NBT
Pour en savoir plus:
http://www.huffingtonpost.fr/2012/06/27/harcelement-sur-internet-peut-on-lutter_n_1631367.html
http://www.vanksen.fr/blog/tendance-4-social-media-fatigue/
http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/medias/dossiers/323/
http://www.psychologies.com/Culture/Ma-vie-numerique/Articles-et-Dossiers/Internet-nous-rend-il-idiots/7
http://soocurious.com/fr/jouer-aux-jeux-video-change-votre-facon-de-rever/
http://lhumain.eklablog.com/citations-theorie-evolutionniste-de-la-liberte-de-daniel-c-dennett-p449499
